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La Fête-Dieu

À l’occasion de la fête-Dieu, nous vous proposons quelques extraits d’une homélie prononcée par saint Josémaria en 1964, le jour de la fête-Dieu.

En ce jour de la Fête-Dieu, nous allons méditer ensemble sur la profondeur de l'amour du Seigneur, qui L'a amené à demeurer caché sous les espèces sacramentelles. Il nous semble entendre de nos propres oreilles cette prédication qu'Il adressait à la foule: Voici que le semeur est sorti pour semer. Comme il semait, des grains sont tombes au bord du chemin, et les oiseaux sont venus pour les manger. D'autres sont tombes sur les endroits pierreux où ils n'avaient pas beaucoup de terre, et aussitôt ils ont levé, parce qu'ils n'avaient pas de profondeur de terre, mais une fois le soleil levé, ils ont été brûlés et, faute de racine, se sont desséchés. D'autres sont tombes parmi les épines et les épines crûrent et les étouffèrent. D'autres sont tombes dans la bonne terre et ont donné du fruit, l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente.

Quand le Christ passe, 150, 1

J'aimerais que la considération de tout cela nous amène à prendre conscience de notre mission de chrétiens et à tourner notre regard vers la Sainte Eucharistie, vers Jésus qui, présent parmi nous, nous a constitués comme membres de son corps: vos estis corpus Christi et membra de membro, vous êtes le corps du Christ et vous êtes des membres unis à d'autres membres. Notre Dieu a décidé de demeurer dans le Tabernacle pour nous alimenter, pour nous fortifier, pour nous diviniser, pour rendre efficace notre tâche et notre effort. Jésus est en même temps le semeur, la semence et le fruit des semailles : Il est le Pain de la vie éternelle.

Ce miracle, miracle continuellement renouvelé, de la Sainte Eucharistie, possède toutes les caractéristiques de la façon d'agir de Jésus. Dieu parfait et homme parfait, Seigneur du ciel et de la terre, Il s'offre à nous en nourriture de la manière la plus naturelle et la plus ordinaire. C'est ainsi qu'Il attend notre amour depuis près de deux mille ans. C'est à la fois beaucoup et peu de temps car, quand il y a l'amour, les jours s'envolent.

Il me revient à la mémoire une merveilleuse poésie de Galice, l'une des Complaintes d'Alphonse X le Sage. C'est la légende d'un moine qui, dans sa simplicité, supplia la Vierge Marie de lui laisser contempler le ciel, ne fût-ce qu'un instant. La Vierge accéda à son désir et le bon moine fut transporté au paradis. A son retour, il ne reconnaissait aucun des habitants du monastère : sa prière, bien qu'elle lui eût paru très brève, avait duré trois siècles. Trois siècles, ce n'est rien pour un cœur amoureux. C'est ainsi que je m'explique les deux mille ans d'attente du Seigneur dans l'Eucharistie: c'est l'attente de Dieu, qui aime les hommes, qui nous cherche, qui nous aime tels que nous sommes — limités, égoïstes, inconstants — mais capables de découvrir sa tendresse infinie et de nous donner entièrement à Lui.

C'est par amour et pour nous apprendre à aimer que Jésus est venu sur terre et qu'Il est demeure parmi nous dans l'Eucharistie. Ayant aime les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu'à la fin. C'est par ces mots que saint Jean commence le récit de ce qui arriva la veille de la Pâque, lorsque Jésus, nous rapporte saint Paul, prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit et dit: « Ceci est mon corps, qui sera livre pour vous ; faites ceci en mémoire de moi ». De même, après le repas, Il prit la coupe en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; toutes les fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de Moi ».

Quand le Christ passe, 151

La procession de la Fête-Dieu rend le Christ présent dans les villages et les villes du monde. Mais cette présence, je le répète, ne doit pas être l'affaire d'un jour, un bruit que l'on écoute et qui s'oublie. Ce passage de Jésus nous rappelle que nous devons aussi le découvrir dans nos occupations habituelles. A côté de la procession solennelle de ce jeudi, il doit y avoir la procession silencieuse et simple de la vie courante de chaque chrétien, homme parmi les hommes, mais qui a reçu la grâce de la foi et la mission divine d'avoir à actualiser le message du Christ sur la terre. Erreurs, misères, péchés ne vous manquent pas. Mais Dieu est avec les hommes et nous devons nous disposer de telle sorte qu'Il puisse se servir de nous et que son passage parmi les créatures soit incessant.

Quand le Christ passe, 156